Dans son bureau du centre d’entraînement de London Colney, Mikel Arteta affichait une sérénité rarement vue ces dernières années. Après plusieurs saisons de reconstruction, de pression médiatique et d’attentes immenses, l’entraîneur espagnol a finalement ramené Arsenal au sommet du football anglais avec un titre de Premier League, tout en qualifiant le club pour une finale de Ligue des champions.

Mais pour Arteta, la plus grande satisfaction ne réside pas uniquement dans les trophées ou les célébrations. Ce qui le rend le plus fier, c’est la manière dont Arsenal a traversé une saison qu’il décrit lui-même comme presque impossible à gagner. Selon lui, “si l’on entrait toutes les données liées aux blessures dans un ordinateur, les chances de remporter le championnat seraient probablement d’environ 2 %”.

Cette déclaration n’a rien d’une exagération. Tout au long de la saison, Arsenal a été frappé par une série interminable de blessures touchant pratiquement tous les secteurs de jeu. À certains moments, la défense s’est retrouvée privée de plusieurs titulaires, le milieu de terrain a perdu en stabilité et l’attaque a dû être constamment remaniée à cause de problèmes physiques. Avec plus de 60 matchs disputés toutes compétitions confondues, la fatigue accumulée représentait un défi permanent.
Malgré ces obstacles, Arsenal a réussi à maintenir un niveau de performance suffisamment élevé pour rester compétitif en Premier League et en Ligue des champions. Pour Arteta, cette capacité à survivre dans un contexte aussi difficile représente probablement la plus grande réussite de sa carrière d’entraîneur.
Le véritable tournant de la saison ne vient pas d’un recrutement spectaculaire ni d’un exploit individuel, mais plutôt d’un changement profond dans l’approche tactique de l’équipe. Arteta reconnaît qu’il était autrefois obsédé par l’idée de perfection structurelle, avec un système de jeu précis et immuable. Cependant, les circonstances de cette saison l’ont obligé à évoluer.
“On ne peut pas survivre à ce niveau avec un seul plan”, a-t-il expliqué avant la finale de la Ligue des champions. “Quand les blessures s’accumulent et que le calendrier ne laisse aucun temps de récupération, il faut apprendre à s’adapter.”
Cette adaptation a transformé Arsenal en une équipe beaucoup plus flexible. Certains matchs ont été abordés avec un pressing intense dès les premières minutes. D’autres ont vu les Gunners défendre plus bas et privilégier les transitions rapides. Il y a eu des rencontres où Arsenal jouait à un rythme extrêmement élevé, et d’autres où l’équipe cherchait avant tout à contrôler le tempo afin de préserver l’énergie des joueurs clés.
Après la victoire contre l’Atlético Madrid en demi-finale de Ligue des champions, Arteta a pourtant été critiqué pour le style jugé trop prudent de son équipe. Certains observateurs estimaient qu’Arsenal avait perdu son identité offensive habituelle. Mais l’Espagnol ne s’est jamais laissé perturber par ces critiques.
Il affirme écouter toutes les opinions, mais ne conserver que celles qui peuvent réellement aider l’équipe à progresser. “Quand vous travaillez dans un grand club, il y aura toujours des débats. L’important est de savoir distinguer le bruit extérieur des informations réellement utiles”, a-t-il déclaré.
Le changement le plus important chez Arteta cette saison ne concerne peut-être même pas la tactique, mais plutôt sa manière de gérer les hommes. Dans le passé, Arsenal dépendait énormément de quelques cadres. Cette année, l’entraîneur a dû répartir les responsabilités sur l’ensemble de l’effectif.
Le cas de Martin Zubimendi illustre parfaitement cette nouvelle philosophie. Le milieu espagnol a réalisé une saison remarquable, mais il s’est retrouvé plusieurs fois sur le banc dans les matchs décisifs, y compris à l’approche de la finale de Ligue des champions.
Pour beaucoup, cette décision semblait incompréhensible. Certains y voyaient une baisse de niveau ou même un problème interne. Arteta a immédiatement rejeté ces interprétations. Selon lui, ce choix était uniquement lié à des considérations tactiques et physiques.
“Chaque match demande des qualités différentes”, explique-t-il. “Parfois, vous avez besoin d’un joueur plus fort dans les duels, parfois d’un profil capable de mieux contrôler le ballon. Cela ne signifie pas qu’un joueur est moins bon. Je voulais aussi permettre à Zubi de respirer et de retrouver de l’énergie pour le sprint final.”
Cette réflexion montre à quel point Arteta a modifié sa manière de penser. Il ne considère plus que faire jouer constamment les meilleurs éléments est la seule voie vers le succès. Désormais, il privilégie la gestion de l’énergie physique et mentale sur toute la durée de la saison.
Les joueurs d’Arsenal eux-mêmes reconnaissent que le vestiaire est aujourd’hui plus uni que jamais. Même ceux qui jouent moins ont le sentiment d’avoir un rôle essentiel. Les entraînements restent extrêmement compétitifs, car chaque poste est disputé.
Les résultats de cette méthode dépassent largement le cadre des trophées. Arsenal compte désormais quatre joueurs sélectionnés avec l’équipe d’Espagne pour la prochaine Coupe du monde. Pour Arteta, cela prouve que son projet fonctionne.
Il insiste d’ailleurs moins sur le rôle précis que ses joueurs auront en sélection que sur leur capacité à s’adapter à n’importe quelle situation.
“Je suis convaincu qu’ils répondront présents, peu importe les circonstances”, affirme-t-il. “Parce qu’ils sont habitués à la pression, à la concurrence et à l’obligation de se réinventer constamment pour le bien du collectif.”
Cette idée résume parfaitement la philosophie qu’Arteta tente d’installer à Arsenal : une équipe qui ne dépend pas uniquement des individualités, mais qui conserve son identité, son exigence et sa discipline quelles que soient les difficultés.
La finale de Ligue des champions représente désormais le test ultime pour ce projet construit au fil des années. Arsenal affrontera un adversaire expérimenté, rempli de joueurs de classe mondiale. Pourtant, contrairement aux saisons précédentes, les Londoniens abordent ce rendez-vous avec une confiance immense.
Non pas parce qu’ils possèdent nécessairement l’effectif le plus talentueux d’Europe, mais parce qu’ils ont déjà survécu à presque tout cette saison. Les blessures, la fatigue, les doutes et les critiques ont forgé une équipe beaucoup plus résistante mentalement.
Pour Arteta, ce parcours compte presque autant que le résultat final. Car selon lui, si une équipe est capable de survivre et de gagner une saison où ses chances de succès étaient estimées à seulement 2 %, alors elle possède déjà l’état d’esprit d’un véritable champion.